Journal de Marche N°66 – du 10 au 16 novembre 2018

Publié par Philippe Michel-Kleisbauer le

L’appel à la paix et à la stabilisation de ce monde par le Président de la République Emmanuel Macron lors des cérémonies du 11 novembre 2018 rendant hommage aux soldats morts pendant la Première Guerre mondiale nous invite à regarder les fondements.

La paix est fragilisée, peut-être même menacée, par l’émergence de nouvelles puissances aux intentions pour le moins contraires aux valeurs universelles que nous défendons de Libertés et de Droits de l’Homme; Chine, Russie, Turquie, Iran, Arabie Saoudite.

Une montée en tension des valeurs que nous défendons face à ses puissances qui toutefois détiennent entre leurs mains des intérêts vitaux et stratégiques dont notre dépendance nous rend plus faible.

Une instabilité grandissante rendue encore plus inquiétante que notre principal ami, allié de toujours et dont la protection nous a nécessairement conduit à une forme d’alignement global mais non systématique. Alignés avec l’Amérique de Trump (pas celle d’Obama) sur la Syrie, non alignés jadis sur l’Irak ou aujourd’hui sur l’Iran.

Car les États-Unis, le peuple américain, ont choisis un président aux méthodes brutales opérant un changement stratégique radical.

Alors que ce dernier a choisi de ne plus endosser ce mode interventionniste que nous lui reprochions, cet “impérialisme” au nom duquel les USA pouvaient se permettre d’intervenir au nom de la Paix et des Droits de l’Homme, voilà que nous lui reprochons de ne pas rester.

Alors que ce dernier menace de ne plus financer l’OTAN que nous vouons aux gémonies, une fois de plus a tort, nous lui en tenons rigueur sans vouloir augmenter notre efforts. Car la cotisation de la France à l’OTAN ne coûte que 198 millions d’euros largement amortis par les investissements de l’Alliance Atlantique dont nous bénéficions directement.

Car nos compatriotes, induits en erreurs par des politiques manipulateurs et/ou tout simplement ignorants, croient encore que la France avait quitté avec fracas alors qu’il n’en a jamais rien été. La République Française est une des nations fondatrices de l’Alliance Atlantique et, après de nombreuses protestations, auprès des américains, contre le transit d’armes stratégiques sur notre sol sans que nous en fûmes avertis, le Général De Gaulle décida – à contre cœur et de guerre lasse- d’en quitter le commandement intégré. Ce n’était pas l’intérêt d’une telle organisation que contestait le sauveur de la France en 1940. C’était cet impérialisme irritant que nous retrouvons aujourd’hui encore.

Car l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord est une formidable machine, si ce n’est la meilleure, faute d’autre chose pour protéger le “Monde Libre” en cas d’agression.

C’est ce qui s’est passé lorsqu’en 2014, Vladimir Poutine -qui avait pourtant lui même engagé la Russie dans un très prometteur Comité OTAN Russie en 1997 avant que Georges W. Bush ne rate une occasion unique de réelle coopération après le 11 septembre- a décidé après un référendum illégal et illégitime d’envahir la Crimée et de déclencher une guerre qui compte aujourd’hui plus de 10.000 morts dans le Donbass, toutes deux provinces de l’Ukraine. Seule l’OTAN et la réassurance unilatérale américaine ont pu stopper cette manœuvre grâce à un redéploiement avancé et structuré de la Baltique à la Mer Noire accompagné d’un déni de profits contre le belligérant.

Poussés par l’esprit systématique d’opposition ou des intérêts cachés ou alignés à cette puissance de l’Est, certains de nos concitoyens, de mes collègues députés, de responsables politiques de premier plan, affirment la légitimité de cette guerre sous prétexte que la Crimée fut russe.

Mais imaginons aujourd’hui l’Italie, celle de Salvini et des fascistes qui le suivent, trouver (assez facilement?), dans le vieux comté de Nice, des partisans d’une sécession avec cette France qu’il détestent, munis de leurs gilets jaunes, et qu’ils organisent un référendum à la manière des catalans.

Imaginons que, convaincus qu’il s’agit d’une manœuvre non institutionnelle, les esprits raisonnables ne participent logiquement pas à une telle farce et laissent des idiots s’exprimer sur le retour de Nice en Italie après que celle-ci fut vendue il y a deux siècles. Imaginons qu’un tel sinistre personnage comme Salvini s’en saisisse et déclenche une guerre pour récupérer cette ville magique qui “n’aurait jamais dû quitter l’Italie”…

Et bien c’est ce qui s’est passé en Ukraine, dans le Donbass et la Crimée.

Ainsi, nul doute qu’aujourd’hui l’esprit du Général De Gaulle fut aussi critique vis à vis d’une Alliance qui fonctionne à défaut d’une Europe de la défense encore à l’état de projet et aurait profité de la porte ouverte l’année passée par Trump pour y glisser le pied, la jambe et tout le corps, c’est à dire répondre par un chiche et augmenter notre participation dans l’OTAN.

Car même si nous ne pourrons jamais égaler celle des États-Unis, nous pourrions (devrions) dépasser celle de l’Allemagne et, en tandem avec nos meilleurs binômes à la manœuvre que sont les britanniques, prendre le leadership de cette organisation sur le continent européen.

Vaste programme?!

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